EPIQUE EPOQUE
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Bouquiniste
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France
ROUTES JOHANNIQUES
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Le château du général Piré
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A Piré-sur-Seiche, le château de la famille Piré est devenu le château des Pères. Il vient d'être repris par le groupe de BTP Legendre.

http://www.chateaudesperes.fr/

Portrait du général Piré
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L'église Piré-sur-Seiche
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Le château du général Piré
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Le château de la famille avant les travaux entrepris par le groupe Legendre.
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Des renseignements sur ce panneau
Entrée du château
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Avec un peu d'imagination on peut entendre le général passer le petit pont...
La Chapelle
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La sépulture se trouve derrière la chapelle du cimétière
R.I.P.
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Le tombeau de la famille Piré au cimetière
Aux Quatre-Bras
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Juin 1815, le général Piré s'est distingué aux Quatre-Bras
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Le Château des Pères de nos jours. http://www.chateaudesperes.fr/
Le docteur BROUSSAIS
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La biographie du docteur Broussais par le docteur Michel Valentin
Guerres Vendéennes
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Colonne commémorant la Bataille de Torfou, 19 septembre 1793.
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Bataille de Torfou, opposant l'Armée de Mayence de Kléber aux Vendéens de Elbée.
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Après cette victoire à Torfou, les Vendéens appelleront l'armée de Mayence, l'armée de faïence...
Virée de Galerne
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Carte de La Virée de Galerne, fin 1793, épisode de la Guerre en Vendée. Dans de nombreuses lettres à ses parents, Broussais décrit les misères de cette guerre civile.
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SAVENAY - La Croix des Vendéens. Monument en tuffeau érigé en 1880..
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Plaque commémorative à l'Entrepôt des cafés, où furent entassés les prisonniers de la bataille de Savenay.
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A Fonteclose, entre Machecoul et Challans, près de La Garnache, cette croix en souvenir de Charette, fusillé à Nantes, Place Viarme, où se dresse une autre croix.
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A Noirmoutier, plaque commémorative rappelant que Maurice d'Elbée a été fusillé, dans un fauteuil, sur cette place.
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Passage du Gois, souvent emprunté par les Brigands, pour aller de Bouin à Noirmoutier.
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Dominique Larrey. Ici amputant le maréchal Lannes à Essling
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Au Musée de Leipzig, maquette du champ de bataille. Gros plan sur l'ambulance, où les chirugiens opèrent à vif, comme Broussais a pu le faire...
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Uniforme de chirurgien et d'infirmier; Dessin d'André Jouineau.
Châteaubriand
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Châteaubriand repose, ici, sur le Grand Bé, face aux remparts de Saint-Malo
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François-René, né Place Châteaubriand, Intra-muros, à Saint-Malo
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Sa statue, Esplanade Saint-Vincent.
Nantes
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Tombe du général Cambronne, cimetière de La Miséricorde. Son épouse, Mary Osburn, est, elle, enterrée dans la carré des protestants.
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Au sud de la Loire, à Saint-Sébastien-sur-Loire. La Baugerie est devenue un lycée professionnel.
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Nantes
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A Carquefou, au nord de Nantes, le château des Maubreuil, détruit pendant la Révolution, sera reconstruit en 1815 par le négociant, armateur nantais Félix Cossin. Acheté en 1934, par le département pour en faire un sanatorium, le château devient, en 1972, un centre de rééducation.

Catherine et Jérôme
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Jérôme Bonaparte, roi de Westhphalie, der König Lustig et Catherine de Wurtemberg, qui restera fidèle à son " Fifi "...
Maubreuil
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TROMELIN
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Timbre commémorant le Chevalier de Tromelin, père du général.
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L'île Tromelin, désormais célèbre par ce livre de la morbihannaise Irène Frain...
CONTACTS et SUGGESTIONS
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Pour tous renseignements sur la Route Napoléon ou sur un livre, contactez moi par mail à laroutenapoleon@yahoo.fr
Jacques L'AZOU
59, rue du Port
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n° siren  : 302 546 429
Liens de sites amis :
- Pour les incontournables figurines de Fabrice Le Grognard : http://les-armees-de-waterloo-en-1815.over-blog.com/
- Pour les " Batailles Oubliées " : http://www.historic-one.com/
- Pour l'époque épique vous pouvez continuer à vous instruire ici : http://napoleon1er.perso.neuf.fr/
en nous rejoignant sur son FORUM : http://forum.napoleon1er.org/  mon pseudo : Route Napoléon.
- Pour les MONUMENTS NAPOLEONIENS, ce site incontournable : http://napoleon-monuments.eu/ACMN/

Jeanne d'Arc vous attend sur les Routes Johanniques :  http://www.jeanne-darc.org/  et sur le site de Jean-Claude COLRAT : http://jean-claude.colrat.pagesperso-orange.fr/

VERDUN, on ne passe pas ! C'est la Voie Sacrée :
http://voie-sacree.com/
De Sainte-Mère-Eglise à Bastogne, la Voie de la Liberté : http://www.clham.org/050516.htm
http://www.utah-beach.com/fr/musee-du-debarquement/monuments/borne-00/borne-00.asp

Après ces longues années passées sur la Route Napoléon, je suis désormais Vétéran en demi solde, à Cancale, 59, rue du Port, au-dessus de La Houle, capitale mondiale de l'huître Pied de cheval. Si vous désirez me voir, je suis au marché sous la Halle au Blé, Intra-muros, à Saint-Malo, le mardi et le vendredi, le matin.
Autres sites amis :http://www.bonaparte-a-valence.fr/agendaet http://elbe.activebb.net

BON VENT !

LES BRETONS SOUS L'EMPIRE

LE GENERAL PIRE

Archives diocésaines de Quimper et du Léon : " La maison Rosnyniven ( primitivement Rochnyvinen), tire son nom et son origine de la terre de Rosnyvinen, située dans la paroisse de Ploudiry, la quelle faisait partie de l'ancien évêché de Léon. Rochnyniven, ce nom signifie en Bas-breton, roche des ifs. Ifs en breton donne ivinen, d'où le nom Ivinec répandu. Ce n'est que plus tard, au XVI° siècle, que cette famille portera le nom de Piré, après le mariage, en secondes noces, de Guillaume avec la demoiselle Hélène Bonenfant, héritière de la terre du Plessis-Quérif, devenant Rosnyvinen au lieu de Rosnyniven ". Le père de notre général Piré est Pierre-Marie de Rosnyvinen, comte de Piré, né à Rennes, le 27 juin 1738. Il entre au service en 1755, comme Garde marine et il est fait prisonnier sur la Mignonne. Enseigne en 1761, il quitte le service à la mort de son frère et participe aux Etats de Nantes en 1764. En 1783, il présente au Roi Louis XVI, un Mémoire sur l'établissement d'un port à Saint-Malo et sur les canaux à ouvrir à l'effet de réunir Angers à Saint-Malo par Laval, Vitré, Rennes et Dinan. Le projet de Piré est accepté. Louis XVI très instruit dans la science géographique et plein d'ardeur pour les améliorations que la France attendait, reçut avec plaisir la carte générale des travaux projetés. Piré est présenté au Roi, mais la Révolution interrompt ce projet et Piré va émigrer à Coblentz avec sa famille. Il a épousé en mars 1773, Hélène Eon de Vieuxchâtel, mariage qui le rend allié à la branche cadette de Savoie-Carignan. Revenu d'émigration en 1800, il meurt à Rennes le 18 pluviôse an X (février 1802).

A Piré-sur-Seiche, canton de Janzé, arrondissement de Rennes, Hippolyte de Rosnyvinen, comte de Piré, repose auprès de ses ancêtres dans l’enclos paroissial. Général de division du Premier Empire, Grand officier de la Légion d‘honneur, il est né à Rennes le 31 mars 1778 à l’Hôtel du Contour de la Motte qui sera plus tard l’Archevêché. Héritier d’une grande famille, sa mère Marie Hélène, est une Eon de Vieux-Châtel et son père Pierre, comte de Piré, dit le « Petit Piré », a mené la vie dure au duc d’Aiguillon, gouverneur de Bretagne. Très instruit, il se complaisait dans les travaux scientifiques, et sur l’étude des canaux reliant la Loire à la Vilaine,de l’Ille à la Rance et l’amélioration du port de Saint-Malo en port de guerre. Hippolyte de Piré émigre en 1791 et devient Garde du corps du Roi en servant à l’armée des Princes en 1792. Sous-lieutenant en 1794, il sert en Hollande au régiment de Rohan-Soubise et participe à la descente de Quiberon, le 25 juin 1795, comme aide de camp de Sombreuil et y sera blessé à la poitrine devant le fort de Penthièvre. Il parvient à échapper au massacre, se fait incorporer dans le groupe du comte de Puisaye, lui aussi rescapé de Quiberon, et réembarque avec lui sur l’escadre Anglaise. Il débarque le 16 mars en mars 1796, à la pointe du Meinga, entre Saint-Malo et Cancale, avec un groupe de 27 gentilhommes, dont le comte de Bourmont, Suzannet, Charles Tuffin de la Rouerie. Ils ont l'intention de rejoindre, à Fougères, les troupes du comte de la Puisaye. Au cours d'un accrochage avec les Républicains, il sera blessé d’un coup de baïonnette à la main. En fuite, La Rouerie sera tué à Saint Méloir-des-Ondes et les deux jeunes comtes de Sérent à La Fresnais, où un monument rappelle de fait d'armes. On le voit les armes à la main dans le pays qu’il connaît bien, entre Rennes et Fougères, jusqu’à la pacification en juillet 1796. Le dictionnaire G. Six note qu'avec le comte d'Artois, il est de la descente à l'île d'Yeu en septembre 1796. Je n'en suis pas sûr... car, toujours resté en France, il est noté hors-la loi en 1798. Après le 18 brumaire, Bonaparte Premier consul, adresse une proclamation d'amnistie aux départements de l'Ouest. Piré se retire chez lui à Rennes pour mener joyeuse vie. En 1800, date à laquelle le Consulat succède au Directoire et rétablit la paix civile avec la liberté des cultes, Hippolyte s’engage dans les Hussards volontaires du Premier Consul. Piré écrit à ce moment : « Servir cet homme est servir sa Patrie en combattant pour son indépendance, en concourant au-dedans au rétablissement de l’ordre ». Maréchal-des-Logis le 1er mai 1800, capitaine le 20 juin, l’avancement est rapide à cette époque où l’on a besoin de cadres de valeur, il est licencié avec son corps le 16 août 1801. Le 24 novembre de cette même année il épouse sa cousine Marie-Pauline Hay des Nétumières, fille du propriétaire le plus imposé d’Ille-et-Vilaine, le plus riche en biens fonciers. Cette femme de petite santé, modèle de fidélité lui donnera quatre enfants, quatre fils…Edouard, en 1803, Ernest, en 1805, Alexandre, en 1812 et Victor, en 1815. Hippolyte de Piré, replacé en activité, est versé à l’état-major général de la Grande Armée comme capitaine le 22 septembre 1805. Il sera à Austerlitz le 2 décembre. En 1806, durant la campagne en Allemagne, capitaine commandant la compagnie d’élite du 5° Hussards de la brigade Lassalle, il est chargé de la poursuite à travers le pays, à la tête d’un détachement de 50 cavaliers d’élite, 25 du 5° sous les ordres de Quack et 25 du 7° sous Curély. Il entre ainsi dans Leipzig dont il s’empare le 12 octobre. Le 28, Piré se présente seul avec un trompette parlementaire devant Stettin. Piré parle avec tant d’assurance et d’arrogance au général Rhomberg, commandant de la place qu’il capitule malgré ses 6.000 hommes et 200 canons. Lasalle, Berthier, Napoléon lui-même, sont ébahis et l’Empereur écrit à Murat « Si nos cavaliers prennent les forteresses, il ne reste plus qu’à fondre les canons »…Ce 30 décembre 1806, Piré est nommé chef d’escadrons au 10° Hussards. Il se distingue encore à Eylau le 8 février 1807. Aide de camp de Berthier en mars, il est promu colonel du 7° Chasseurs, division Lasalle, le 25 juin après avoir été fait chevalier de la Légion d’honneur par Murat lui-même et chevalier du Mérite militaire du Wurtemberg.

1808, En Espagne où il est fait baron de l’Empire le 2 août. Le 30 novembre, il est aux côtés du Major-général, le maréchal Berthier, lors de l’attaque du col de Somo-Sierra. Voyant la position du col, le colonel Piré dit : " c’est impossible !" - Napoléon : " Impossible n’est pas Français ! " et lance son escadron de service les Lanciers Polonais du capitaine Kozietulski, escadron de fraîche formation qui n’a jamais vu le feu. La charge héroïque impressionne les Espagnols qui s’enfuient. La charge de 150 hommes, qui perd 57 tués ou blessés, a ouvert la route de Madrid…Mars 1809, Piré est nommé général de brigade et commande la 2° brigade (8° Hussards et 16° Chasseurs) de la division Montbrun. C’est la campagne d’Autriche en avril 1809 et Piré sera à Tengen, Schierling, Eckmühl et Ratisbonne où il est blessé à la tête tandis que Napoléon est blessé au pied…Ebersberg le 3 mai, Essling le 21 et 22 mai et enfin Wagram le 6 juillet. La bataille allait finir quand Lasalle, son chef direct, lui ordonne de charger avec Pajol une brigade Autrichienne en retraite vers le bourg de Leopoldau. Au cours de cette dernière charge, Lasalle est tué d’un balle en plein front…Après Wagram, le commandant Parquin qui a laissé de si intéressants Souvenirs raconte que alors sous-lieutenant au 20° Chasseurs à cheval, cantonnant en Moravie dans le château du prince Esterhazy en compagnie de son maréchal-des logis et de son peloton de 25 cavaliers, il voit arriver le général Piré avec ses aides de camp, l’état-major du 16° Chasseurs à cheval et la compagnie d’élite du régiment. Il offre sa chambre au général qui accepte à condition de choisir après lui et d’accepter son couvert à sa table. Tout le monde est parfaitement installé au château. Le général Piré est un bon vivant. Il ne voyage jamais sans son cuisinier ce qui réjouit le prince Esterhazy : " A la bonne heure ! on peut au moins ouvrir un compte avec une clientèle pareille, avec des hôtes qui savent ce que c’est de vivre… " Parquin note : " A 10 h. le déjeuner à la fourchette est servi, à 5 h. le dîner à deux services, dessert, café et liqueurs. Le billard, les dés et les cartes complètent agréablement le temps qui s’écoule doucement. A partir du 15 août, la chasse est ouverte. Le général est bon tireur et en compagnie de sesaides de camp, nous avons fait de nombreuses victimes parmi le gibier ". Muté à l’armée d’Allemagne le 21 juillet 1806, Piré sert ensuite à l’armée du Brabant le 20 janvier 1810, puis le 1er mai, au corps d’observation de Hollande, et en avril 1811 de nouveau en Allemagne, au corps d’observationde l’Elbe. En janvier 1812, il est affecté au corps de Réserve de Cavalerie de la Grande armée, commandant la 3° brigade de cavalerie légère de la 1ère division de Bruyères.
Juin 1812 : Campagne de Russie au cours de la quelle Hippolyte Piré se distingue dès le 25 juillet à Ostrowno. Dans le 10° bulletin on peut lire « La cavalerie légère se couvrit de gloire et Murat, roi de Naples, cite la brigade Piré (7° Hussards et 16° Chasseurs), succès dû à une magnifique charge exécutée par le général Piré »…Pourquoi cette citation élogieuse ? A Ostrowno, Piré se trouve en présence d’un régiment d’artillerie Russe, flanqué de trois régiments de cavalerie. Il se précipite sans hésiter au coeur du front le brise en deux tronçons, charge à droite puis se rabat sur la gauche et lui enlève ses canons. Pour cette action Piré sera fait Officier de la légion d’honneur sur le champ de bataille.
En 1813, il participe aux deux campagnes celle du printemps avec les victoires de Lützen et de Bautzen et celle d’automne, commandant le 1° brigade de la division de cavalerie légère du général Corbineau. Le 29 août 1813, à 6 heures du matin, sur ordre de l’Empereur, Piré avec sa brigade passe les ponts de Dresde pour se rendre à Meissen à mi-chemin entre la capitale de la Saxe et Leipzig et pour se mettre en liaison avec le général Margaron qui s’y trouve. Le 8 septembre à 3 heures du matin Napoléon recommande au général Piré de bien éclairer les abords de Bautzen et de chasser les Cosaques qui interceptent les communications de la ville. Promu général de division le 15 octobre, il prend le commandement de la 9° division de cavalerie légère du 5° corps de cavalerie sous les ordres du général Milhaud et se distingue à nouveau les 16 et 18 octobre 1813, lors des violents combats de Leipzig, la Bataille des Nations, défaite qui marque le début de la fin de l’Empire. Le mardi 19, c’est la retraite sur Mayence vers le Rhin. Le 21 octobre, général Piré reçoit l’ordre de suivre le général Lefebvre-Desnouettes qui marche sur Fribourg avec 5.000 hommes, de passer sur la rive droite de l’Unstrut, d’occuper toute la plaine dans la direction de Weimar et d’Erfurt, de faire des reconnaissances et de se renseigner sur ce qui se passe à Cassel, capitale du royaume de Westphalie du roi Jérôme Bonaparte. Il couvre ainsi le flanc droit de la Grande Armée en retraite.
1814. Les Alliés ont passé le Rhin et la campagne se déroule cette fois sur le sol national. Les Autrichiens sont entré en France par la Suisse et les Russes et les Prussiens au nord de l’Alsace. 31 décembre 1813, à 5 heures du matin, encore dans la nuit, le général Piré est près de Colmar à la tête de 650 « Volailleux » réunis sous le nom pompeux de « division de cavalerie légère » (3° Hussards, 14°, 26° et 27° Chasseurs). Il sabre les Uhlans et les Hussards du général Bavarois De Wrède et surprend au lit le général Hardegg, ce général du diable qui harcèle les estafettes, attaque les patrouille, enlève les isolés. Il faudrait en Alsace un chef intrépide mais le maréchal Victor ne songe qu’à la retraite car il a trop peu de troupes à opposer aux torrents que les Alliés déversent sur la France. Le 10 janvier Piré à Saint-Dié, le 29 à Brienne et les 1er février à La Rothière. Piré, comme Pajol, vif comme l’éclair fait des prouesses
sabrant les régiments Russes pris de flanc. Le 16 février, c’est à Mormant dans l’après-midi qu’il rencontre des Chasseurs Russes. Il les attire dans un ravin et en arrivant sur la crête opposée, ordonne brusquement un demi-tour, le premier rang faisant haut-la-carabine a ouvert le feu en plongeant dans la masse ennemie et lui cause de grandes pertes. A Troyes le 24 février, à La Ferté-sur-Aube le 28, Piré sera au dernier combat à Saint-Dizier le 23 mars avec 400 Chasseurs et Hussards. Il s’empare des bagages de Langeron, émigré français, général au service des Russes, lui enlève 500 chevaux, des provisions et fait 800 prisonniers. A Chaumont, le 25 mars le général Piré traverse la ville, coupant la ligne d’opération des Alliés, enlève des courriers, subtilise des bagages et quelques canons. Il soulève des paysans mais c’est trop tard. Alerté par une lettre de Lavalette, Napoléon est en route pour Paris qui va tomber et se repli sur Fontainebleau. A Fontainebleau, la 3 avril 1814, l’Empereur le fera comte de l’Empire en témoignage de sa satisfaction pour ce soldat fidèle et dévoué. A la Restauration Hippolyte de Piré est mis en non-activité et se retire à Piré. Il a agrandit le château et se consacre à sa famille. Mais, en mars 1815, le Retour de l’île d’Elbe le sort de sa réserve et il file à Rennes où, avec le général Bigarré, un autre Breton du Morbihan, il fait proclamer l’Empire à Rennes et se rend à Paris se mettre à la disposition de l’Empereur qui le nomme gouverneur du Palais du Louvre et des Tuileries, puis au commandement de la 2° division de cavalerie légère placé sous les ordres du général Grouchy,  commandant supérieur des 7° et19° division militaires. Grouchy est envoyé à Lyon en avril 1815, pour contenir le duc d’Angoulême qui monte la vallée du Rhône et si possible le faire prisonnier pour l’échanger contre l’Impératrice Marie-Louise restée à Vienne avec le petit Napoléon II. Piré commande l’avant-garde, descend sur Romans où il rallie les troupes du général Debelle venues de Grenoble. Par un mouvement tournant les royalistes sont pris à revers et un court combat à Pont Saint-Esprit donne la victoire aux Impériaux et le bâton de maréchal à Grouchy. Piré sera appelé à siéger au conseil de guerre qui doit décider du sort de Louis de Bourbon, duc d’Angoulême, neveu et gendre de Louis XVI et futur dauphin à la mort de Louis XVIII. Il est finalement conduit à Sète pour être exiler.

Aux premiers jours de juin 1815, Hippolyte de Piré est affecté au 2° corps du général Reille à l’armée du Nord. C’est le début de la courte campagne de Belgique. Piré sert aux Quatre-Bras où il fait des prodiges qui ne serviront à rien à cause des retards pris par le maréchal Ney. Le 18 à Waterloo, il est placé à l’extrême gauche du dispositif à gauche de la ferme et du bois de Hougomont qui est prévu pour servir de point de fixation. Jérôme Bonaparte voulant faire du zèle s’escrime toute la journée sur cette ferme et fait tuer trop de monde. Piré est laissé seul sans être employé. Ce sera bien le seul de cette journée à ne pas souffrir, ses Lanciers se bornant à des attaques sur la chaussée de Nivelles et sa batterie à procéder des tirs d’artillerie pour enfoncer les murs de la ferme. Le soir de la terrible retraite, poursuivis par les Prussiens, les cavaliers du général Piré peuvent se rallier sur les Quatre-Bras et les débris de la grande armée se rassemblent sur Laon. Le 1er juillet à Rocquencourt près de Versailles, dernière étincelle de l’Epopée Impériale, verra les généraux Exelmans et Piré, avec le 44° de Ligne, sabrer les Prussiens du général Sohr et poursuivre dans les rues de Versailles les Hussards de Poméranie et de Brandebourg, faisant 437 prisonniers, le reste des 800 Prussiens étant blessé, tué ou disparu. Grâce à l’intervention de Vitrolles, le général Piré sera simplement proscrit par l’ordonnance du 24 juillet 1815, chef d’oeuvre du Nantais Fouché, ministre de la Police du roi Louis XVIII, lui qui avait pourtant bien voté la mort de Louis XVI…Par la protection du tsar Alexandre qui se souvient des ses exploits d’Ostrowno, Piré choisit de s’exiler en Russie. Il passe alors en Allemagne par Dresde où il réside un moment ayant là aussi laissé de bons souvenirs. Le duc d’Otrante Fouché, en disgrâce maintenant que le trône s’est raffermi, y est nommé ambassadeur et rejoint avec sa toute jeune épouse Ernestine de Castellane. Piré regagne Saint-Petersbourg où il demeure jusqu’en 1819 quand Louis XVIII l’autorise à renter en France. En 1820, il est fait Chevalier de Saint-Louis et sans commandement il rejoint son château de Piré. L’antique manoir de ses ancêtres est devenu une des plus belles habitations des environs de Rennes. Le temps passe et Piré est toujours délaissé par le pouvoir. En 1827, il a la douleur de perdre son fils aîné, Edouard. Ses autres enfants vont leur train son fils Ernest épouse Gabrielle de Sampigny d’Isancourt, son troisième fils Alexandre, « l’enfant de Wagram » épouse Laurence de Lambilly, de vieille famille rennaise et son dernier Hippolyte épouse sa cousine, la fille d’Ernest. En 1846, il aura le chagrin de perdre sa femme. Sous la Monarchie de Juillet, en 1830, Piré aura quelques commandements de divisons militaires à Châlons-sur-Marne puis à Metz et enfin Montpellier. En janvier 1834, il est fait Grand Officier de la Légion d’honneur. Cependant il ne participe ni à la prise d’Anvers ni à la Conquête de l’Algérie. Il n’accède pas plus à la pairie qui le tente tellement. La Révolution de 1848 le verra mener son dernier combat sur les barricades. Il a 70 ans il sert en simple uniforme de garde national. La II° République lui décerne le titre de « Premier Garde national de Paris » dont il se disait très fier…Deux ans plus tard le 21 juillet 1850, il meurt à Paris. Son corps est déposé dans les caveaux de l’Eglise de la madeleine et un service solennel est célébré le 6 août en présence de la 1ère Légion de la Garde nationale, puis il est transporté à Piré-sur-Seiche, sa paroisse où il est inhumé auprès de ses ancêtres le 19 août. Il avait, avant de mourir, la joie de voir son nom gravé sur l’Arc de Triomphe de l’Etoîle.

LE DOCTEUR BROUSSAIS DE SAINT-MALO

Un grand Malouin : François Broussais, qui a donné son nom à un fameux hôpital parisien...
Les Broussais appartiennent à cette classe moyenne si importante dans l’Ouest, à la « bourgeoisie à blasons » dont parle le Doyen Kernéis à propos des Clemenceau ou des Laënnec. Gens de robe, médecins, notaires, architectes ou recteurs de paroisse, ils sont présents dans ce pays des bords de Rance, de Dinan à Saint-Malo. Jacques Broussais est le cinquième fils des Broussais de Grandcamp. Chirurgien de marine, il sert sur le «Victor », alors qu'il s’apprête à appareiller de Marseille pour Lisbonne, le 17 décembre 1772, dans une maison aujourd’hui disparue de la rue de La Harpe, au 4° étage au-dessus de l’officine de la grand-mère maternelle, naît son fils François Joseph Victor. Cette rue porte désormais son nom, au coin de la rue Entre-Deux-Marchés prolongeant la rue de Dinan vers la Place du Pilori. Les premières années de la vie de François Broussais se passent à l’ombre des boiseries à tiroirs de l’officine de Renée Desvergers, sous les rayons garnis de mystérieux pots de faïence colorés, de verreries, de vases et de mortiers de bronze ou d’étain. Les clients parlent de leurs maux de l’autre côté du comptoir supportant la balance à plateaux cuivrés. Choyés par les trois femmes, François court déjà vers la mer, mené sur la grève par sa nourrice Mme Pitot, par sa mère ou sa grand-mère. Le dimanche après la messe, si l’heure de la marée est propice, si les vents sont bons, on va parfois à Dinan, par Saint-Suliac, sur les bateaux des bateliers de la Rance. A la fin de la campagne de Terre-Neuve de 1776, Jacques Broussais met un terme à sa carrière de « chirurgien navigans », il pose sac à terre après 21 ans de navigation. C’est au bourg de Pleurtuit qu’il s’installe avec sa famille, confortablement dans une demeure de l'actuelle rue Jean Boyer. Le chirurgien s’intègre vite à la vie de ce bourg, en perpétuel mouvement, du fait des mouvements de la Rance avec les marchés et les foires, les marées et la pêche. Jacques Broussais apparaît comme un homme « voué aux lumières » de son époque, soulevant de plus, l’argument d’une présence constante comme « chirurgien des pauvres » 
C’est à Pleurtuit que le petit François apprend à lire avec son oncle l’abbé Noguès. Une parente religieuse lui apprend le chant. Il prend des leçons de latin et apprend à servir la messe. Le soir son père l’envoie porter à cheval les médicaments qu’il a prescrit, dans la journée, à ses malades. C’est un enfant de caractère, avec un sens indéniable des responsabilités mais batailleur et emporté. On l’a surnommé « Franchin ». Bientôt, à 12 ans,  il ira au collège de Dinan, antique institution, antérieure au rattachement de la Bretagne à la France (1532). En 1776, l’avant-dernier évêque de Saint-Malo, l’a réinstallé dans l’ancien couvent des Bénédictines de la Victoire. Lorsque François y entre, c’est devenu un établissement de valeur, à la fois collège et grand séminaire. Il fait la connaissance de Châteaubriand. " Mémoires d’Outre-tombe " : « M. Broussais, mon compatriote, étudiait avec moi à Dinan. On menait les élèves se baigner tous les jeudis…Une fois je pensais me baigner, une autre fois M. Broussais fut mordu par d’ingrates sangsues, imprévoyantes de l’avenir ». François reste au collège jusqu’à la Révolution et comme il a adopté les idées républicaines de son père, il les expose en logicien avec sa fougue habituelle et les fait acclamer par tous ses camardes : « il devient ainsi l’âme vivante du collège »

En 1789, François Broussais a 17 ans. Après la prise de la Bastille des drapeaux tricolores remontent la Rance sur des bateaux où des jeunes crient « vive la liberté » Au moment de la création des départements le député Bodinier ne réussit pas à faire instituer un sixième département breton qui aurait été celui de « La Rance », avec Saint-Malo comme chef lieu. En compensation le district malouin se voit rattacher quatre communes, jusqu’alors paroisses de la sénéchaussée de Dinan sur la rive gauche de la Rance et parmi elles Pleurtuit qui rentre ainsi dans le département de l’Ille-et-Vilaine. L’abolition des privilèges et des droits féodaux, la constitution civile du clergé vont plonger les provinces de l’Ouest dans une période de troubles sans fin auxquels Pleurtuit n’échappe pas. Le château de Pontbriand  est plusieurs fois pillé par ceux qu’on ne nomme pas encore les Bleus, tandis que les partisans de la résistance royaliste organisent des réseaux protégeant les prêtres non jureurs et les émigrés embarquant clandestinement. Sur les rives de la Rance, en particulier à La Jouvente, on découvre au matin des équipages et des voitures abandonnées par ceux qui ont fui dans la nuit grâce aux passeurs locaux vers les îles Anglo-Normandes. En 1791, après avoir satisfait à ses examens de philosophie, François Broussais revient dans sa famille. Au contact de son père, il s’empreigne des idées voltairiennes et républicaines qu’il conservera toute sa vie. Dans les six mois qui vont suivre, la  France est au bord du gouffre de la défaite militaire, dont ni Dumouriez ni ses adversaires de l’Assemblée ne veulent prendre la responsabilité. Le renvoi des ministres girondins, le refus opposé par le Roi aux décrets contre les prêtres réfractaires et la réunion sous les murs de Paris d’un camp de 20.000 fédérés, font exaspérer les clubs hostiles à la monarchie et le 20 juin 1792, une foule hurlante envahit les Tuileries et coiffe Louis XVI du bonnet rouge. L’absurde manifeste du duc de Brunswick provoque un élan patriotique qui encourage les Jacobins. Le 10 août, les Gardes nationaux attaquent les Tuileries défendues par 800 Suisses et la famille royale se réfugie à l’Assemblée, qui vote la suspension des pouvoirs du Roi et convocation d’une Convention Nationale. Lors de sa première séance, le 21 septembre 1792, au lendemain de Valmy, la Convention abolit la Royauté et décrète la République. Ces évènements ont un retentissement considérable en Bretagne où la conspiration de La Rouërie, trahi par son ami, le docteur Valentin Chevetel, va échouer. François Broussais a choisi son camp : il s’engage à la 1ère compagnie des Grenadiers des Côtes-du-Nord le 20 août 1792. La longue période  où il sert comme volontaire national est jalonnée de lettres à son père et à Marie-Jeanne, jeune fille qu’il a connu et qui sera un jour sa femme. Le 6 mars 1793, il est caporal et combat, entre Lamballe et Moncontour, des bandes  menées par l’intrépide Boishardy, un des chefs de la Chouannerie au courage légendaire qui sera, trahi lui-aussi, tué dans une embuscade à Dahouet. On dit que Balzac s’en est inspiré pour son roman Les Chouans. En cet été 1793 où la Terreur est à l’ordre du jour « Lyon n’est plus, le Midi se révolte, Toulon se donne aux Anglais ». Mais à Nantes, grâce à l’énergie du maire René Baco de la Chapelle, la résistance tragique de la garnison de Nort-sur-Erdre sous les ordres de Meuris, retardant la venue de Cathelineau, leur faisant brûler toutes leurs cartouches, les Blancs n’ont pas réussi à prendre à la fin juin. Ils se sont dispersés, multipliant les coups de main de Cholet aux Pont-de-Cé, de Nort-sur-Erdre à Luçon où d’Elbée échoue. Le 23 juillet Broussais escorte un convoi et loge à Nantes " chez une citoyenne Charrette, fille rentière ". Est-elle une parente du Chevalier, alors maître du Marais, tandis que d’Elbée est généralissime de l’armée Catholique et Royale après la mort de Cathelineau le 19 juillet. Le 23 juillet, le Comité de Salut Public décide d’envoyer en Vendée les 20.000 hommes de Kléber libérés par les Prussiens après la capitulation de Mayence sous condition qu’ils ne servent pas pendant un an contre les armées coalisées, mais peuvent donc servir dans l’intérieur. Le 13 août une lettre de François à son père : " Cher papa, J’ai reçu votre lettre le 11 au soir elle était sans doute à la poste depuis quelque jours mais je n’ai pas pu la recevoir plutôt parce que nous étions encore au bivouac au même lieu où nous avions passé déjà été, nous y allons tous les huit jours et nous y passons trois jours, grâce à Dieu  personne de notre compagnie n’a encore été blessé il y a deux hommes de tués et deux blessés mais c’est dans un autre bataillon. Je n’ai pas beaucoup de nouvelles à vous apprendre, les Brigands ne bougent pas encore, on attend l’armée de Mayence qui doit attaquer dans la Vendée tandis que Nantes se tiendra sur ses gardes. Cette armée doit arriver sous quinze jours ou trois semaines par marches à grandes journées. C’est sans doute le dernier coup que l’on va porter à ces scélérats je ne crois pas qu’ils résistent, au reste la volonté de Dieu quand il sera las de leur Brigandage il les exterminera. Ils ont attaqué il y a quelques jours un château distant de deux lieues de Nantes, ils ont été repoussés avec perte, ils étaient plus de cinq mille et la garnison n’était que de huit cent, ils n’ont tué qu’un homme et blessé quatre vous voyez que nous avons toujours l’avantage. Nous languissons tous à Nantes on n’y boit que du mauvais vin et encore et fort cher. Si on boit de l’eau de la Loire on est exposé à des maux d’estomac et à de fortes tranchées, nous sommes obligé d’acheter tout par cinq sous, les moindres billets de Nantes étant de cette valeur. Puissions-nous triompher au plus vite et retourner dans nos foyers. Adieu, je suis avec respect, votre soumis fils, Broussais, caporal. J’ai reçu les dix francs ils m’ont fait grand bien, car j’avais été obligé de contracter quelques dettes. Je vous remercie mille fois."

Le docteur Michel Valentin, auteur de la biographie de François Broussais : " Un destin aveugle va pourtant lancer les chefs royalistes vers une série d’aventures dans lesquelles ils oublient que leurs troupes héroïques mais casanières, invincibles sur leur territoire mais déconcertés au-delà, risquent de se perdre si elles s’éloignent de leur territoire. L’appui extérieur de Princes et des Britanniques ne sera pas au rendez-vous ou viendra trop tard…Voici le moment de l’incroyable " Virée de Galerne ", ce mot qui veut dire en dialecte de l’Ouest " un coup de vent de noroit ". En ce mois de novembre 1793, la grande «  Virée » continue mais comme l’avait prévu Kléber et l’avait craint Charrette, les Blancs vont échouer. Ils se lancent vers Granville, objectif primordial puisque la flotte Anglaise avec les Emigrés doivent y arriver. Mais la résistance de la garnison républicaine est si pleine d’ardeur, grâce au Représentant du peuple Julien qu’à peine les assaillants mettent le siège et désespérés de ne pas voir les bateaux annoncés ils partent au bout de deux jours sans attendre la flotte Anglaise. L’exode se poursuit, redescendant vers Fougères, puis Laval et aux Pont-de-Cé en décembre, pour finir à Savenay... Mais, Broussais tombe malade, comme le décrit le certificat retrouvé dans un dossier de la Bibliothèque de Médecine de Paris : " Nous membres du Conseil d’Administration de ladite Compagnie certifions avoir donné congé absolu au Citoyen François Broussais, caporal-fourrier d’icelle, natif de Saint-Malo, âge de 25 ans, taille de 5 pieds 3 pouces 6 lignes, cheveux sourcils et barbe brun, yeux bruns, nez large, bouche moyenne, menton fourchu; que ledit Broussais a servi avec zèle et courage depuis la formation de ladite Compagnie le 20 août 1792 jusqu'au 16 frimaire An 2 (6/XII/1793) époque à laquelle il entra à l’Hôpital et d’où sortant il fut mis en réquisition comme officier de santé Locmariaquer près d’Auray, le 1er Prairial An IV de la République Française "

Dégagé de ses obligations militaires François Broussais rejoint son domicile à Pleurtuit fin janvier 1794. En juin 1795, il est à Pontanezen, au nord de Brest, puis à Brest même, où il étudie l'anatomie, avec deux hommes célèbres, les professeurs Duret et Billard, officiers de santé en chef de l'Hôpital maritime. Broussais sort premier de sa promotion avec le grade de médecin auxiliaire de 3° classe de la Navigation nationale. Il embarque sur le Trajan vaisseau de 74, en qualité de chirurgien de 3° classe. Ne recevant plus de lettres de ses parents, il s'inquiète, lorsqu'il apprend à l'Hôpital de Brest, l'assassinat de ses parents par des Chouans. Pendant la nuit du 4 au 5 nivôse de l'An IV (25 au 26 décembre 1795), des hommes armés, introduits par une domestique, ont assailli Jacques Broussais et sa femme qui sont retrouvés morts le matin. Le chirurgien gît décapité dans son grenier, son fusil à ses côtés. quant à la malheureuse épouse, d'abord horriblement blessée, elle a tenté de fuir dans sa cuisine où elle s'est effondrée. Tous deux ont été torturés avant d'être exécutés. La tradition raconte qu'on les a " chauffés " dans l'âtre et un rapport au Directoire écrit qu'on retrouva " l'infortunée épouse massacrée dans son lit à coups de sabres et qu'on poussa la barbarie jusqu'à lui couper la mamelle ". Le soir même le maire et les membres de l'administration municipale font procéder à l'inhumation des corps des époux Broussais.

François Broussais est aussitôt mis à terre par la Marine et renvoyé à Saint-Malo. Il se réfugie chez les Froussart, dans la famille de Marie-Jeanne, à qui il écrit pour lui demander de venir adoucir sa détresse. Ils se décident à se marier et c'est au registre de la mairie de Saint-Servan, que l'on trouve les documents, à la date du 28 mars 1796. Les joies et les chagrins familiaux seront le lot du jeune couple. Marie-Jeanne donne le jour à deux enfants Casimir qui ne vit que 23 jours et une petite fille qui meurt également avant ses deux ans. Quatre enfants vont naître à Saint-Servan : Emile, en 1799, qui sera plus tard avocat puis conseiller à Pondichéry, François, en 1800, futur médecin militaire, Marie-Emma en mars 1802 et Casimir en 1803 qui sera lui aussi médecin militaire et professeur agrégé au Val de Grâce. François Broussais est pourtant installé à Paris, loin de sa femme et de son foyer. Il est logé à l'Hôtel de la Providence 87, rue de Cluny, chez les hôteliers Delaunay, qui vont devenir ses amis. Il va vacciner leurs six enfants, il mettra dix ans à rembourser sa pension et c'est dans la maison des Delaunay, à Vitry, qu'il ira mourir en 1838. Mlle Delaunay éditera les vingt-six volumes de ses " Annales ". Il est à l'Ecole de Médecine, où il découvre Corvisart titulaire de la chaire de Clinique interne, professeur au Collège de France et bientôt médecin du Premier Consul, et Guillaume Dupuytren, qui conduit les travaux pratiques d'anatomie et de chirurgie avec un démonstrateur qui sera un chirurgien remarquable avant de devenir l'un des créateurs de la médecine sociale.
Trois autres maîtres vont avoir sur Broussais une influence profond : Bichat un Franc-Comtois mort à 31 ans, créateur de l'anatomie tissulaire, Cabanis disciple de Condillac et de Condorcet dont il a épousé la belle-soeur Charlotte de Grouchy et Philippe Pinel l'un des fondateurs de la psychiatrie. Parmi les condisciples du jeune Maloin, un autre Breton : Laënnec, né à Quimper mais grandi à Nantes et venu des armées de la République comme lui et Kergaradec, de Morlaix, qui deviendra son plus amical critique tout en mettant en évidence leurs différences de conception philosophique. Le docteur Broussais s'installe, à Paris, rue du Bouloi, une petite rue oblique tout près des Halles, derrière l'emplacement de l'actuelle Bourse du Commerce.
Il ne réussit pas à faire venir une assez grosse clientèle ou n'a pas de patience. Il va suivre les visites du matin de Desgenettes au Val-de-Grâce et lui confie ses soucis. Desgenettes qui le prend en amitié, conseille, en tant qu'ancien médecin de Marine d'intégrer l'Armée. C'est ainsi que François Broussais reçoit un brevet d'aide-major et le 9 octobre 1804, il est nommé " médecin ordinaire" à l'Armée des Côtes de l'Océan. C'est sous l'uniforme que pendant plus de trente ans, Broussais va poursuivre une étonnante carrière, partageant les campagnes de l'Armée Impériale. Il est au Camp de Boulogne, le 17 brumaire An XIII ( 8 novembre 1804), puis sert successivement à Utrecht, Nimègue et Bruges. Puis c'est la campagne d'Autriche. A Austerlitz, Broussais sert sous les ordres de Larrey, qui admire son dévouement et sa prophylaxie du typhus, qui a éclaté parmi les 20.000 prisonniers Russes, faits au cours de cette mémorable campagne. Sa belle conduite est signalée à Napoléon qui le nomme médecin ordinaire à 4 galons et médecin chef de la division du général Foy qui part en Dalmatie. C'est sans doute en Dalmatie qu'il se lie avec le maréchal Soult et le général Maximilien Foy, dont les idées libérales, sinon républicaines, correspondent à sa pensée. Le voilà bientôt à Udine en Frioul, chargé d'un important serrvice hospitalier. Son ardeur au travail frappe ses contemporains et Larrey a écrit " qu'au milieu des fracas de la guerre, dans les hôpitaux et les pays étrangers, Broussais ne cessa jamais de travailler, d'observer et de professer ". Pendant les trois années passées à Udine, il ne cesse de prendre et d'accumuler des centaines d'observations auxquelles, en fidèle élève de Corvisart, il joint, dans les cas malheureux, des protocoles d'autopsie. Ce matériel considérable fait mûrir en lui les bases d'un ouvrage futur et dans le silence des nuits il compose son " Histoire des Plegmasies chroniques ". Pendant ses trois ans à Udine, Broussais souffre d'une affection fébrile et digestive à la fois. Les traitements de ses confrères consistent en d'énergiques médications purgatives, sudorifiques et excitantes dont il se méfie. Il préfère se mettre à une diète, rigoureuse, ne buvant que de l'eau acidulée, et " forcé de se lever par un froid assez vif, il sentit l'ardeur qui le dévorait, calmée par l'impression de l'air..." Si limitée que soit cette thérapeutique, elle contient celle que mettra en vogue la future doctrine de Bourssais et l'entraîne davantage dans l'idée d'écrire un livre ou de publier celui qu'il a préparé. Son état de santé nécessite une convalescence et ses chefs lui donnent la première permission depuis qu'il a intégré l'armée en 1804. Au début de 1808, Broussais quitte Udine pour Paris, les manuscrits dans ses bagages. A peine arrivé, à Paris, rue du Bouloi, où sa famille s'est fixée, il se met à travailler d'arrache-pied. Une prolongation de congé obtenue grâce à Desgenettes lui permet de finir sa tâche et enfin un libraire-éditeur, Gabon, 2 Place de l'Ecole de Médecine, lui prend son manuscrit pour 800 frs. Ainsi paraît en 1808, en 2 volumes, in 8° en caractères romains : " L'Histoire des phlegmasies ou inflammations chroniques, fondées sur de nouvelles observations de clinique et d'anatomie pathologique. Broussais ne fut jamais aussi heureux que lorsqu'il revient, rue du Bouloi, son livre sous le bras. 1.125 pages en 2 volumes, le voilà maintenant libre pour reprendre le chemin de l'armée, laissant une fois de plus sa femme et ses enfants, rue du Bouloi. Broussais, indifférent au succès ou à l'échec de son livre, quitte la capitale pour rejoindre, à pied, par les Pyrénées, l'armée du Roi Joseph, en Espagne...

Celui qui prend la route, le 7 octobre 1808, n'est qu'un simple " médecin ordinaire " ignoré des grands de ce monde et c'est sous l'autorité des médecins en chef Gorcy et Brassier, qu'il passera le plus clair de son temps dans les hôpitaux de la II° Division à Xerès, Salamanque, Avila et à Pampelune après la bataille de Vittoria. Il sera médecin principal à titre provisoire le 21 avril 1809. C'est par le pharmacien Antoine Fée, qui sera plus tard un écrivain et un naturaliste renommé, docteur en médecine et professeur à la Faculté de Strasbourg, que l'on peut suivre le parcours de François Broussais en Espagne. Fée a alors vingt ans et il est aide-major. Il a laissé des témoignages dans son " Souvenirs de la Guerre d'Espagne ". (Tulard 535) : " C'était un homme excellent, fidèle à l'amitié, ayant toujours la main et le coeur ouverts. Dédaigneux au plus haut point de la fortune et du bien-être matériel, il se laissait aller à vau-l'eau, heureux de vivre au jour le jour et de pouvoir satisfaire les nécessités du moment. Ce qui chez lui éclatait en emportements dans les discussions scientifiques, se manifestait en extrême sensibilité dans les épanchements intimes. Il aimait à un égal degré deux choses qui semblent s'exclure : le plaisir et l'étude... Broussais était d'une taille un peu au-dessus de la moyenne. Quand il s'animait, ses yeux lançaient des éclairs et sa physionomie habituellement calme pouvait devenir imposante et presque terrible. Sa bouche s'ouvrait dédaigneusement lorsqu'il parlait d'adversaires indignes de lui mais elle était charmante quand il s'adressait à ses amis. Cette mobilité se retrouvait dans le son de sa voix éclatante s'il cédait à l'emportement puis douce et caressante s'il fallait persuader.. " Antoine Fée le rencontre pour la première fois à Xerès et le revoit à Salamanque, à Avila où, malade, Broussais le soigne. Encore près de Pampelune, après la bataille de Vittoria, où Wellington est vainqueur, le 21 juin 1813 : " Broussais déjeunait sur un tertre élevé, dans un lieu fort pittoresque. La cantine aux provisions était ouverte et plusieurs personnes l'entouraient. Comme je passais discrètement après l'avoir salué, je l'entendis appeler et il me reprocha en riant de faire le fier. Je mourrais de faim et ne me le fis pas dire deux fois. " Ni les cruels événements de la guerre, ni les distractions du guerrier n'empêcheront Broussais en Espagne d'accumuler des documents cliniques et de travailler. En 1811, à Xerès, il écrit "une lettre sur le service de santé intérieur des corps d'armée, adressée à MM. les chirurgiens-majors des régiments ", petit manuel de 37 pages, rédigé en commun avec le chirurgien principal Mocquot. Repliée peu à peu sur les Pyrénées, l'Armée d'Espagne dispute, pied à pied, le terrain aux Anglo-Espagnols de Wellington, qu'elle bloque devant Toulouse, en 1814, au moment du retour des Bourbons. 

Broussais, redevenu " médecin ordinaire ", tient garnison à Pau, puis regagne Paris où il est, comme beaucoup de médecins et chirurgiens militaires mis en réforme, le 1er juin 1804. Assez vite grâce à Desgenettes et au maréchal Soult, il est rappelé au service le 18 novembre 1814. On le nomme d'abord, et c'est la promotion qui lui ouvre les portes de l'avenir, médecin-adjoint à l'Hôpital du Val de Grâce. Louis XVIII signe le 30 décembre 1814, une ordonnance rétablissant le Val de Grâce comme Hôpital Militaire d'Instruction. Voilà les premiers jalons de l'ascension de François Broussais : la thèse, l'Histoire des Phlegmasies, les travaux du médecin de l'Armée d'Espagne. A peine une semaine plus tard, le 8 janvier, il est nommé Second Professeur, c'est la nouvelle étape prestigieuse, qui le mènera à la gloire. L'Abbaye Royale du Val de Grâce a été contruite par ordre de la Reine Anne d'Autriche de 1645 à 1665 sous le nom de la Nativité, pour marquer la naissance de Louis XIV. A la Révolution, le monastère des Bénédictines devient le premier Hôpital d'Instruction des Armées et le siège de l'Ecole d'Application du Service de Santé. Broussais en est le maître inconstesté de 1816 à sa mort en 1838 comme Médecin-chef, Professeur et Inspecteur général. Sa tombe se trouve toujours au pied de sa statue dans une des cours des bâtiments dessinés par Mansart...François Broussais a été bien traité sous la Restauration. Louis XVIII, qui ne dédaigne pas récompenser les fidèles de l’Empire pourvu qu’ils servent la Monarchie, l’a appelé au Val-de-Grâce et lui donne la légion d’Honneur. En 1820, il sera promu Premier Professeur et Médecin en chef du Val-de-Grâce. C’est à cette époque qu’il est inscrit dans un almanach royal " Le Chevalier Broussais ". Outre ses livres déjà cités Broussais publie énormément. Le 18 septembre 1821, l’illustre Corvisart succombe, comme il avait prévu à une troisième attaque d’apoplexie, au 11 rue Vendôme, son domicile parisien. Bien qu’ayant abandonné toute activité, Corvisart avait conservé le titre et la charge honoraire de professeur de Clinique Interne à la Faculté. Broussais voit, dans cette place devenue vacante, l’occasion pour lui de l’ascension tant désirée. Mais il se rend compte très vite que les membres du Conseil de Faculté , les premiers à être consultés, ne lui sont pas favorables. En raison de ses démêlés avec ses collègues. Il écrit donc directement au baron Cuvier, Conseiller d’état, Président de l’Académie des Sciences et du Conseil Royal de l’Instruction publique. Au même moment surviennent des troubles graves menés par les élèves de la Faculté de médecine. La riposte du gouvernement ne se fait pas attendre. Trois jours après la Faculté est fermée et il faudra attendre un an de tractations pour que les étudiants retrouvent leurs cours. Mais à quel prix ! Onze titulaires de chaires sont mis à la retraite dont Dubois, Pinel, Vauquelin, Antoine de Jussieu et Desgenettes le patron de Broussais. Finalement, Laënnec, déjà Professeur au Collège de France, se voit attribuer la chaire de Clinique de la Charité. Broussais a échoué. Pourtant sa popularité est devenue immense parmi les étudiants engagés à fond dans l’opposition libérale.

Près de la coupole du Val-de-Grâce, il poursuit sa route triomphante. Son enseignement continue, puissant, homérique, absolu. Un jour, Velpeau est surpris par une question du maître et ne sait que répondre. Alors Broussais s’écrie tonitruant : " Oculos habent et non vident ! ". Vexé, Alfred Velpeau quitte le cours et il dédie sa thèse, sur l’auscultation, à Laënnec, ne manquant pas d’attaquer la doctrine " ridicule " de Broussais, avant de faire la carrière de chirurgien que l’on sait, inventant le bandage et la bande velpeau…Dans l'amphithéâtre de la rue du Foin, il va enfin pouvoir développer sa théorie et conquérir ses auditoires. Il parle sans aisance, sans élégance, peut rester longtemps monotone, embarrassé, égaré puis, tout à coup, il s'exclame avec verve, persifle drôlement et anime une leçon d'abord insipide ou triviale. Les étudiants enfiévrés par ce lutteur si peu académique et affranchis de leur ignorance par ses ruses simplificatrices, accourent, l'applaudissent, l'adoptent. Parfois, dans la rue, poursuivant une action qu'une heure de cours n'a pas affaiblie, il renouvelle une démonstration que la vérité étaierait plus infailliblement que des cris et à laquelle des recherches de laboratoire, conviendraient mieux que les comédies de trottoir. Il répand ses doctrines... Elles partaient d'une vérité pour aboutir à une erreur : la vérité c'est que l'on doit demander à l'autopsie la confirmation ou la rectification d'un diagnostic, mais qu'il est excessif de croire que l'on peut constituer une médecine exacte, comme le pensaient déjà certains. L'erreur c'est d'avoir tiré d'une hypothèse physio-pathologique des conclusions thérapeutiques sanguinaires. Pour Broussais, la lésion et les perturbations viscérales sont le point de départ; il prend pour la cause un effet anatomique et pour l'essentiel un trouble fonctionnel presque toujours secondaire. La saignée et les sangsues ont donc été réhabilitées par Broussais, et l'on assure que l'on importa plusieurs millions de sangsues en France dans les premières années du XIX' siècle. On dit aussi que la médecine devint un fléau aussi redoutable que la guerre. La France avait été décimée par les batailles de la République et de l'Empire, Broussais la "saigna à blanc."

En 1831, il n'en fut pas moins nommé Professeur à la Faculté de Médecine de Paris, dans la chaire de pathologie et thérapeutiques générales, Il continue là à jeter à tue-tête des aphorismes que la modestie ne tempère pas. "J'apporte la médecine physiologique... le messie de la médecine est arrivé et les aveugles et les malheureux ne l'aperçoivent pas... Sans ces notions, la pathologie n'est qu'un chaos, un amas informe de vérités et d'erreurs, voilà ce qui n'avait pas été aperçu avant moi. " Sous son influence la chirurgie a éprouvé un véritable recul : à la suite des applications de cataplasmes, de cérat et de charpie, toutes les plaies suppurent et la plupart des blessés et des opérés meurent d'infection purulente, la fièvre puerpérale décime les maternités dans lesquelles dix pour cent des accouchées meurent. Mais cet astre va subir une éclipse les étudiants désertent son cours, il n'est plus écouté quand survint le choléra en 1832, l'épidémie fut un fléau qui compta parmi ses victimes les théories de Broussais. Il se tourne alors vers la phrénologie qu'il enseigne au grand scandale de ses collègues, mais sans succès. Il oublie les injures qu'il multiplie, les accusations qu'il porte, mais aussi les outrages reçus, il trahit sans rancune, se dit sans haine, sinon sans violence, et, dans sa passion de dictature, trouve assez de versatilité ou de hauteur pour se contredire sans rougir. Très affecté par ces revers, le lutteur s'effondre un beau jour, avec sang-froid et objectivité, il observe la cruelle maladie qui le ronge. Il supporte avec courage et fermeté sept interventions. Le 17 novembre 1838, il mourra de ce cancer du rectum dont il a suivi l'évolution avec curiosité et sagacité après avoir tenu un journal de ses souffrances, de son évolution et de son pronostic. Alors même qu'il avait déclaré que Napoléon ne serait pas mort d'un cancer s'il avait été soigné par un médecin physiologiste, en réalité sa doctrine est heureusement morte avec lui.

CHATEAUBRIAND

Chateaubriand, plume talentueuse, certes, mais un parti pris notoire pour la vieille monarchie, la race au sang bleue, et donc contre Napoléon, alors que ce dernier avait institué une société du Mérite plutôt que de la naissance. N'oublions pas non plus que Chateaubriand vota pour la mort de Ney à la Chambre des Pairs. C'est un tâche sur le curriculum vitae d'un homme qu'on voudrait d'esprit et un manque notoire de coeur généreux envers un ancien héros de la France tombé dans l'adversité. Qu'est ce que la mort de Ney allait donc apporter à la France ? La seule vengeance du parti Ultra ! Mais l'esprit de vengeance doit il se trouver dans la plume du poète ? Tableau cruel d’une monarchie qui vivait encore au XVII° siècle : " Une double procession montait et descendait les escaliers du pavillon de Flore, on s'enquérait de ce qu'on avait à faire : point de réponse. On s'adressait au capitaine des gardes, on interrogeait les chapelains, les chantres, les aumôniers : rien. De vaines causeries, de vains projets, de vains débits de nouvelles. J'ai vu des jeunes gens pleurer de fureur en demandant inutilement des ordres et des armes, j'ai vu des femmes se trouver mal de colère et de mépris. Parvenir au Roi, impossible, l'étiquette fermait la porte. La grande mesure décrétée contre Bonaparte fut un ordre de courir sus : Louis XVIII, sans jambes, courir sus le conquérant qui enjambait la terre ! Cette formule des anciennes lois, renouvelée à cette occasion, suffit pour montrer la portée d'esprit des hommes d'Etat de cette époque. Courir sus en 1815 ! courir sus ! et sus qui ? sus un loup ? sus un chef de brigands ? sus un seigneur félon ? Non : sus Napoléon qui avait couru sus les rois, les avait saisis et marqués pour jamais à l'épaule de son N ineffaçable ! " ou encore " Quant au vieux prince de Condé, l'émigration était son dieu Lare. Lui n'avait pas peur de monsieur de Bonaparte, il se battait si l'on voulait, il s'en allait si l'on voulait : les choses étaient un peu brouillées dans sa cervelle, il ne savait pas trop s'il s'arrêterait à Rocroi pour y livrer bataille, ou s'il irait dîner au Grand-Cerf. Il leva ses tentes quelques heures avant nous, me chargeant de recommander le café de l'auberge à ceux de sa maison qu'il avait laissés derrière lui. Il ignorait que j'avais donné ma démission à la mort de son petit-fils, il n'était pas bien sûr d'avoir eu un petit-fils, il sentait seulement dans son nom un certain accroissement de gloire, qui pouvait bien tenir à quelque Condé qu'il ne se rappelait plus."

Mémoires d’Outre Tombe. Le dimanche 18 juin 1815, alors que se déroule bataille de Waterloo, Chateaubriand, réfugié à Gand, se promène dans la campagne vers midi. Il perçoit alors un roulement sourd au loin et comprend qu'un combat a débuté. Il livre alors ses impressions dans un passage où la poésie le dispute au patriotisme. Jugez-en plutôt : " Succès ou revers de l'une ou l'autre armée, quelle serait la conséquence de l'événement pour les peuples, liberté ou esclavage ? Mais quel sang coulait ! Chaque bruit parvenu à mon oreille n'était-il pas le dernier soupir d'un Français ? Etait-ce un nouveau Crécy, un nouveau Poitiers, un nouvel Azincourt dont allaient jouir les plus implacables ennemis de la France ? S'ils triomphaient, notre gloire n'était-elle pas perdue ? Si Napoléon l'emportait, que devenait notre liberté ? Bien qu'un succès de Napoléon m'ouvrît un exil éternel, la patrie l'emportait à ce moment dans mon coeur : mes voeux étaient pour l'oppresseur de la France, s'il devait, en sauvant notre honneur, nous arracher à la domination étrangère. Wellington triomphait-il ? La légitimité rentrerait donc dans Paris derrière des uniformes rouges qui venaient reteindre leur pourpre au sang des Français ? La royauté aurait donc pour carrosse de son sacre les chariots d'ambulance remplis de nos grenadiers mutilés ? Que sera-ce qu'une restauration accomplie sous de tels auspices ? "

Connaissant un peu le personnage, je me permets de douter la sincérité de ses paroles concernant son dilemme entre Louis XVIII et Napoléon. Surtout lorsqu'il évoque sa promenade le jour de Waterloo où il entend le canon au loin. Prétendre préférer un exil perpétuel et un départ définitif des Bourbons à une défaite française, facile a écrire plusieurs années après la bataille. Surtout lorsque le résultat vous arrange. Il est fort douteux qu'il ait entendu la bataille à Gand, à plus de 70 km à vol d'oiseau, alors que tout porte à croire que le prince Frédéric et le général Colville n'ont rien entendu à Hal ! Par contre, Grouchy l'entend à Walhain, ce qui porte à croire que le vent devait souffler d'ouest. Chateaubriand fera preuve de beaucoup de lucidité après la défaite de Waterloo, malgré son royalisme ambiant, déjà écorné pendant la fuite de Louis XVIII et des princes à Gand. Voici un des deux célèbres extraits qu'il écrit dans ses Mémoires, c’est au retour de Louis XVIII, au château de Saint-Ouen : " Je me rendis chez sa majesté, introduit dans une des chambres qui précédaient celle du roi , je ne trouvai personne, je m'assis dans un coin et j'attendis. Tout à coup, une porte s'ouvre : entre silencieusement le vice appuyé sur le bras du crime. M. de Talleyrand marchant, soutenu par M. Fouché. La vision infernale passe lentement devant moi, pénètre dans le cabinet du roi et disparait. Fouché venait jurer foi et hommage à son seigneur, le féal régicide, à genoux, mit les mains qui firent tomber la tête de Louis XVI entre les mains du frère du roi martyr, l'évêque apostat fut caution du serment . "

Pierre CAMBRONNE

Picard, installé à Nantes, Pierre Cambronne exerce le métier de négociant en bois, commerce qui a toujours bien fonctionné en Bretagne du fait des arsenaux de Brest, Lorient, Rochefort et même Saint-Malo, facilité par son transport par mer. A son négoce Pierre Cambronne ajoute une fonction officielle de garde-magasin des poudres et salpêtres de la ville, ce qui lui permet d’être exempté d’héberger des militaires de passage. On est pas très militaire dans la famille. Une première fille, Adélaïde, naît en 1770, puis notre futur général Pierre Etienne, né le 26 décembre 1770, le jour de la Saint Etienne. Baptisé Pierre-Jacques-Etienne, il signe quelque fois Etienne mais le plus souvent il prend le prénom de son père. On trouve Pierre comme prénom usuel et les initiales P.C. se retrouvent sur son argenterie et son linge personnel. Adélaïde, son aînée de onze mois, meurt à l’âge de 16 ans, le 7 juin 1786. Pierre-Etienne par la suite l’aîné de quatre frères Aimable, Constant, Stanislas qui meurt lui aussi dans sa 5° année. Viennent également deux sœurs Justine en 1780 et Lucie, en 1782, de dix et douze ans ses cadettes. Seul, Constant le quatrième enfant de Pierre Cambronne et Adélaïde Druon, fera, comme Pierre son aîné, une carrière militaire. Mais il sera tué à Austerlitz, à l’âge de 27 ans, sous-lieutenant à la compagnie de grenadiers du 2° bataillon du 46° de ligne. Leur père, Pierre Cambronne, meurt en octobre 1784, laissant un somme assez rondelette en héritage à sa veuve, Adélaïde, plus de 140.000 livres. Dans l’héritage une petite maison à la Treille à Saint Sébastien où Madame Cambronne va, en été, passer les jours plus agréables, au bord de la Loire durant les vacances scolaires avec ses enfants. Son fils Pierre-Etienne, 14 ans, fait ses études chez les Oratoriens, depuis le 2 janvier 1781, en qualité d’externe au collège religieux des Oratoriens, la meilleure institution scolaire de la ville de Nantes. La même année un autre Nantais célèbre, Joseph Fouché, futur Duc d’Otrante et ministre de la Police, reçoit dans la chapelle de ce collège, les ordres mineurs, avant d’aller enseigner les sciences physiques et les mathématiques, au collège de Niort. Il a onze ans de plus que le jeune Cambronne.

Huard dans sa biographie du général dit que l’élève Cambronne « n’était pas trop mauvais », Sérieyx penche pour " un élève médiocre " et Brunschwig précise que "ses études furent incomplètes " …Il est toutefois incontestable que le jeune Cambronne est bon en dessin et gymnastique. Toute sa vie il fera des dessins sur ses feuilles de compte en figurant les achats pelotes épingles, savonnettes, journaux, bouteilles, etc…Il quitte l’établissement à 18 ans car il doit aider sa mère et devient commis chez un négociant quand les idées nouvelles propagées par La Révolution vont tout emporter. Le directeur de l’Oratoire de Nantes, le père Latyl, est un religieux dont les opinions sont avancées. Il siègera d’ailleurs à l’Assemblée Constituante comme d’autres Oratoriens tels Fouché, Le Bon, Bailly, Billaud-Varenne. Chez les Oratoriens on professe « qu’on gouverne sans commander, on obéit sans dépendre et le respect s’entretient sans le secours de la crainte » Le jeune Cambronne ne peut qu’être attiré par les idées nouvelles et en septembre 1791, il entre dans la Garde nationale, 1° bataillon de volontaires, compagnie dite de la Fraternité. L’acte d’enrôlement précise que le susdit est de la taille de 5 pieds et 7 pouces…

Armand de Guerry de MAUBREUIL

Parmi les Nantais célèbres qui se sont distingués sous l'Empire, outre Cambronne, il y a Fouché, Saint-Aignan, beau-frère de Caulaincourt, le banquier Ouvrard et le fameux Maubreuil, marquis d'Orvault.

Né le 26 mai 1783 à Carquefou, au nord de Nantes, dans le château de Maubreuil, le marquis de Maubreuil est un personnage singulier. L’une des énigmes les plus rocambolesques du XIXe siècle a débuté au printemps 1814. Elle met en scène la belle-sœur de Napoléon et un aventurier un peu fou, et surtout sans scrupules. Le 21 avril 1814, au petit matin, sur la route de Fontainebleau à Sens, aux confins de l’Yonne. Une berline tractée par six chevaux ouvre la voie à cinq autres voitures. Le convoi s’apprête à faire halte au relais de poste du Fossard, non loin de Montereau. Les bêtes sont fourbues, on les remplacera par des chevaux frais. Soudain, un groupe de cavaliers stoppe les équipages, détachement commandé par un colonel de hussards, l’homme s’approche de la première voiture et s’adresse à une passagère qui a mis la tête à la portière : « Je suis chargé, Madame, de saisir vos bagages et de les ramener à Paris. Vous êtes soupçonnée d’avoir enlevé les diamants de la Couronne ». Ainsi débute l’affaire Maubreuil, l’un des épisodes les plus rocambolesques du XIXe siècle, dont on ne parviendra jamais à éclaircir le mystère. Le face-à-face de Fossart oppose deux caractères. La femme n’est autre que la reine Catherine de Westphalie, nièce du Tsar Alexandre, épouse de Jérôme, frère cadet de Napoléon. Le hussard est le marquis de Maubreuil, aventurier sans scrupule, bagarreur réputé et ancien écuyer de Catherine. Depuis plusieurs semaines, les troupes autrichiennes, allemandes, russes et anglaises occupent la France. L’Empire n’est plus que ruines. Le 6 avril, Napoléon a signé son abdication : « Les puissances alliées ayant proclamé que l’Empereur Napoléon était le seul obstacle au rétablissement de la paix en Europe, l’Empereur Napoléon, fidèle à son serment, déclare qu’il renonce pour lui et ses enfants aux trônes de France et d’Italie, et qu’il n’est aucun sacrifice, même celui de la vie, qu’il ne soit prêt à faire aux intérêts de la France ». Le Sénat a voté le rétablissement des Bourbons, et le comte d’Artois, lieutenant général du royaume, prépare l’avènement de Louis XVIII, réfugié en Angleterre. Tandis que Paris s’abandonne au désordre, la famille impériale se résout à l’exil. Ainsi, Catherine de Wurtemberg s’apprête-t-elle à rejoindre son époux, Jérôme Bonaparte, ex-roi de Westphalie, en Suisse. Le 17 avril, elle prend ses dispositions pour quitter la capitale, avec ses bagages, ses bijoux et ses diamants. Elle ignore encore que, dans l’ombre, Maubreuil est tenu informé des préparatifs de départ. Le marquis de Maubreuil est un personnage singulier. Il s’appelle en réalité Jacques-Marie-Armand Guerry. Il est né le 26 mai 1783 dans le château de Maubreuil, à Carquefou, un bourg situé à quelque 20 kilomètres de Nantes. Bien que l’origine des titres dont elle se prévaut demeure mystérieuse, la famille du jeune Jacques-Marie-Armand compte parmi la meilleure noblesse vendéenne. Une mère qui décède quelques mois après sa naissance, un père contraint d’émigrer pendant la Révolution : l’enfant vit une adolescence difficile. Esprit aventureux, il participe à la Chouannerie puis, la paix revenue, mène grand train, tantôt à Maubreuil, tantôt à Nantes. Nantes où il fait connaissance, en 1802, avec Jérôme Bonaparte, frère turbulent du Premier Consul d’alors. Les jeunes gens sont des fêtards et partagent d’heureux moments.

Maubreuil qui, après deux héritages, dispose d’une belle fortune, dilapide à tous vents. Opportun en diable, il a oublié son passé chouan et s’affiche comme fervent adepte du nouveau régime. Armand était le beau-fils de Constance de La Rochejaquelein, deuxième épouse de son père, Jacques Guerry de Beauregard, soeur d'Henri, de Louis et d'Auguste. Plus tard, il se rappellera au bon souvenir de Jérôme, devenu roi de Westphalie. Le souverain en fera son capitaine des chasses et un écuyer de la reine Catherine. En 1809, une félonie brise l’estime entre les deux hommes. Après avoir séduit l’une des maîtresses de Jérôme, Maubreuil est contraint de partir guerroyer en Espagne. A son retour, redevenu civil, il s’installe à Paris et place sa fortune dans diverses entreprises, avec plus ou moins de bonheur. Sans doute meilleur soldat que financier, son comportement en Espagne a été récompensé par la Légion d’honneur, il voit fondre son trésor et s’accumuler les dettes. En 1814, la France est envahie par les troupes alliées. Maubreuil, qui conserve encore confiance en l’Empereur, voit là une belle occasion de retrouver son rang et de servir la France : il propose au ministre de la Guerre de lever, à ses frais, « un ou deux escadrons de cavalerie légère ». La demande sera classée. Le marquis meurtri par une telle désinvolture, sans doute faut-il trouver dans cet oubli l’une des raisons qui entraînent Maubreuil sur la route de Fossard ce 21 avril 1814. Surpris par la déconfiture de l’Empire, l’aventurier, chouan avant-hier, bonapartiste hier, espère aujourd’hui le retour des Bourbons. Maubreuil s'est fait remarqué pour avoir accroché sa légion d'honneur à la queue de son cheval, Place de la Concorde, dans ce rassemblent de jeunes royalistes où se trouvait Sosthène de La Rochefoucault. Il est approché par l'avocat Roux de Laborie, secrétaire et éminence grise de Talleyrand, pour assassiner l'Empereur retranché à Fontainebleau et qu'on ne soupçonne pas capable d'abdiquer aussi simplement et rapidement. L'abdication rend la tentative d'assassinat inutile...Muni d’authentiques ordres de mission, il se prétend chargé par le gouvernement provisoire de veiller à ce que les diamants de la Couronne de France ne quittent pas le pays. Flanqué de Dasies, un compère, Maubreuil fait conduire les voitures jusqu’au relais de Fossard et décharger onze caisses. Puis il réclame les clés des coffres à la reine Catherine, qui proteste mais obéit. Sept malles contiennent les bijoux de la souveraine, une les diamants de Jérôme. Lorsque Maubreuil et Dasies l’informent que ses bagages vont être ramenés à Paris, mais qu’elle peut poursuivre sa route, Catherine s’évanouit. Ayant repris ses esprits, elle demande à son ancien écuyer de lui laisser au moins un coffret d’or. Maubreuil refuse, lui tend une ceinture chargée de pièces d’or : « C’est tout ce que je puis faire pour vous » et ordonne le retour sur la capitale. Catherine de Westphalie, elle, prend la direction de Sens. Elle s’arrêtera toutefois à Pont-sur-Yonne, où elle déposera plainte.

L’affaire fait grand bruit, d’autant qu’alerté, le tsar ne cache pas sa colère. La police recherche Maubreuil et son complice. Le 22 avril, on livre les caisses de la reine Catherine chez le baron de Vitrolles, secrétaire des conseils du roi, mais il manque deux malles. Le 24 avril, le marquis se présente en personne chez le baron de Vitrolles. Comme on lui demande des explications, Maubreuil ne se démonte pas : il n’a fait que son devoir et remplit une mission. Hautain, il ajoute : « Si dans tout cela on veut me compromettre, j’en compromettrai bien d’autres ! ». Pressé de question, l’homme livre alors une explication qui paraît invraisemblable. Au début de ce mois d’avril, un émissaire de Talleyrand l’a chargé d’assassiner Napoléon, alors en route vers l’île d’Elbe, contre promesses d’argent et de titre de duc. Alors qu’il était sur la trace de l’Empereur déchu, il a intercepté le convoi de l’ex-reine de Westphalie et crut de son devoir de réquisitionner les bagages. Le soir même, le marquis était emprisonné. Plus tard, un nommé Huet expliquera avoir remonté de la Seine un bracelet en or, des peignes sertis de diamants. Au cours de fouilles dans le fleuve, on découvrira des colliers, des pièces d’or, des diadèmes… En dépit de ce faisceau de preuves, Maubreuil maintiendra ses dénégations. Sans doute en savait-il trop puisqu’on le libérera lorsque Napoléon parviendra à s’échapper de l’île d’Elbe. Arrêté à nouveau, évadé, réincarcéré, puis relâché, le marquis n’aura de cesse de faire parler de lui. Jugé, il sera finalement condamné à cinq ans d’emprisonnement pour le vol de Fossard. Un jugement rendu par défaut puisque, entre temps, le prisonnier s’était fait la belle…Réfugié en Angleterre, il commettra de nombreux articles dans lesquels il mêlera le vol des bijoux, l’assassinat de l’Empereur, commandité selon lui par la Russie, la Prusse et les Bourbons. La vérité sur l’affaire Maubreuil a suscité de nombreuses controverses, certains historiens ont ainsi soutenu la thèse du complot avancé par le marquis. Une seule certitude demeure : Jacques-Marie-Armand Guerry était homme de peu de foi, à l’esprit vraisemblablement dérangé… Talleyrand, en 1823, sortant de la basilique de Saint Denis, messe anniversaire de la mort de Louis XVI, reçoit une baffe magistrale de la part de Maubreuil qui voulait lui rendre la monnaie de sa pièce, depuis son projet d'assassinat de Napoléon en 1814.... Talleyrand tomba à terre sous le coup et pour donner le change le Prince admiratif : " Quel coup de poing ! " Il ne voulut pas être déshonoré en recevant un soufflet, mais un coup de poing ça fait sport... Au tribunal c'est cette précision qui sera retenue...

TROMELIN

Jacques  Boudin de Tromelin nait en 1771 dans une ancienne famille noble bretonne originaire des environs de Morlaix, qui a fourni à la France un grand nombre d'officiers aux armées de terre et de mer. Il est fils de Nicolas Boudin de Tromelin, seigneur de Tromelin (1727-1790) qui a laissé son nom à l'île Tromelin. Après des études à l'École militaire de Vendôme en 1787, il entre au service dans le régiment de Limousin, en garnison en Corse. Il émigre avec sa famille, en 1792 au début de la Révolution française. Jacques Boudin de Tromelin s'engage dans l'Armée des Princes en 1792 avec laquelle il fait toutes les campagnes du Rhin et de l'Ouest. En 1795, il prend part à l'Expédition de Quiberon, comme son compatriote Hippolyte Rosnivinen de Piré. Parvenant à échapper aux exécutions qui suivirent, il rejoint Londres où il vit modestement de quelques leçons de dessin. Mais la France lui manque et Tromelin convainc le commodore anglais Sidney Smith de l'embarquer à bord de la frégate anglaise le HMS Diamond. Tout émigré pris sur le territoire de la République étant condamné à mort, sans sursis ni grâce possibles, Tromelin entreprend de se faire passer pour John Bromley, le domestique canadien du commodore Smith. Il est renvoyé en Angleterre, d'où il organise l'évasion du commodore. Il reçoit la croix de chevalier de Saint-Louis des mains du comte d'Artois, revient en France. Il rejoint ensuite à l'Armée catholique et royale de Normandie, il est à nouveau fait prisonnier à Caen en 1798. Il s'évade et part en Turquie. Il sert comme major dans les troupes du sultan ottoman.
Rayé de la liste des émigrés en 1802, il rentre en France en 1802. Il est incarcéré à l'Abbaye, lors de l'affaire Pichegru. Il en sort au bout de six mois pour entrer, comme capitaine, au 112e régiment d'infanterie de ligne. Nommé chef de bataillon pendant la Campagne de Dalmatie en 1809, colonel à l'issue de la Bataille de Wagram, il commande pendant quatre ans le 6e régiment croate, et devient en 1813 adjudant-général à l'Armée d'Allemagne. Il est promu au grade de général de brigade et fait comte d'Empire après la bataille de Leipzig.  Au printemps 1815, pendant les Cent-Jours, il est à la tête de la Brigade Tromelin au sein de la 20e division d'infanterie du 6e corps d'infanterie du général Jamin, et se bat vaillamment lors de la Bataille de Waterloo. Il sera chargé par le gouvernement provisoire de demander au duc de Wellington des passeports pour l'Empereur et contribue à négocier pour une armistice sous Paris.

Resté dans l'armée sous la Restauration, il sert lors de la campagne d'Espagne de 1823. Nommé lieutenant-général. En 1828, il publie des Observations sur les routes qui conduisent du Danube à Constantinople à travers le Balcan ou mont Hoemus, suivies de quelques réflexions sur la nécessité de l'intervention des puissances dans les affaires de la Grèce, par le lieutenant-général comte de T. Chateaubriand dans Mémoires d’outre-tombe, pendant les Trois Glorieuses, en 1830 : " Pendant les Journées de juillet, il seconde activement M. de Sémonville dans les démarches qui amenèrent le retrait des ordonnances et le ministère de M. de Mortemart. Son rôle, dans ces néfastes journées, fut aussi courageux qu'honorable. Sa vie même fut un instant menacée, et il fallut que le général La Fayette le couvrît de sa personne à l'Hôtel de ville. " Il se retire en Bretagne et sera maire de Ploujean jusqu'à sa mort. À la fin de sa carrière, il est Grand Officier et Grand cordon des ordres de Saint-Ferdinand d'Espagne et de Sainte-Anne de Russie, membre du Conseil général du Finistère et membre de la Société de géographie. Le général de Tromelin était Grand officier de la Légion d'honneur.

laroutenapoleon@yahoo.fr
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